En 1879, Raphaël BISCHOFFSHEIM, banquier fortuné et
amateur d'astronomie, fait part au Bureau des Longitudes de son désir
"d'élever à la Science française un monument durable
et digne d'elle". Dès 1881, la colline du Mont Gros est retenue
pour la qualité de son ciel. BISCHOFFSHEIM s'entoure d'hommes aux
compétences remarquables pour tailler les optiques des instruments
et réaliser les délicates mécaniques d'entraînement
des lunettes. Il crée à cette occasion une bibliothèque
dotée de collections scientifiques complètes remontant parfois
jusqu'au XVIIe siècle. Il fait appel à Charles GARNIER(1825 - 1898) et Gustave EIFFEL(1832 - 1923) pour
concevoir le bâtiment abritant la grande lunette de 76 cm de diamètre.
L'énorme coupole de 24 m de diamètre (plus que celle du Panthéon)
est rendue mobile par un ingénieux système de flottaison.
Sous l'impulsion d'Henri PERROTIN, qui dirige l'Observatoire jusqu'en
1904, les astronomes du Mont Gros déploient une activité
considérable en astronomie classique et physique, assurant également
des relevés météorologiques et magnétiques
réguliers. C'est à cette époque qu'est réalisée
la mesure de la vitesse de la lumière et le rattachement géodésique
de Nice à la Corse. Pour renforcer les études en astronomie
physique, BISCHOFFSHEIM fait venir un jeune astronome talentueux, Henri
CHRETIEN, qui développera de nombreux instruments d'optique
particulièrement originaux : entre autres les cataphotes, des objectifs
de projection cinématographique, dont l'hypergonar qui donne naissance
au Cinemascope, et une combinaison de miroirs qui a été retenue
pour le Télescope Spatial Hubble.
Henri CHRETIEN (1879-1956)
A la mort de BISCHOFFSHEIM, conformément à ses
voeux, l'Observatoire est légué à la Sorbonne. Très
vite, le financement se révèle insuffisant et la première
guerre mondiale marque le début d'un lent déclin. L'impulsion
donnée à la Science française au début des
années soixante et l'arrivée de Jean-Claude PECKER
en 1962 amorcent un nouveau départ. PECKER s'assure la collaboration
de jeunes astronomes et physiciens, tant observateurs que théoriciens.
Les instruments sont remis en service et la grande coupole d'Eiffel est
renovée ainsi que la lunette qu'elle abrite; la bibliothèque
profondément modernisée acquiert un impact régional.
L'ère de l'informatique arrive, et l'Observatoire est un des premiers
laboratoires de la région à se doter d'un ordinateur. En
1974, un nouvel institut, le CERGA (Centre d'Etudes et de Recherches
en Géodynamique et Astronomie), est créé à
Grasse. Une station d'observation astronomique orientée vers la
géodynamique et le développement d'instruments d'observation
modernes est implantée sur le plateau de Calern au nord de Grasse,
et placée sous la direction de Jean KOVALEVSKY. Aujourd'hui
ce centre s'est considérablement développé et a accueilli
de nouvelles équipes autour du Télescope de Schmidt et des
interféromètres. En 1988 l'Observatoire de Nice, déjà
centenaire, et le jeune CERGA fusionnent au sein d'un établissement
unique : L'Observatoire de la Côte d'Azur.