Ce qui suit ne concernera que le domaine infrarouge. En effet, le domaine
visible a été abondamment étudié puisqu'il
a été longtemps le seul auquel nous ayons eu accès
- on ignorait même, autrefois l'existence des autres -. Le domaine
radio fait appel aux techniques des oscillateurs à très courte
longueur d'onde très différents : on n'est plus dans le domaine
optique. Il en est de même des domaines des rayons X et gamma.
La loi de Planck
La grande loi physique qui est prépondérante dans
ce domaine est la suivante : Tout corps chauffé
émet un rayonnement électromagnétique bien
défini, dans un ensemble de longueurs d'onde qui ne dépend
que de la température. Dite sous cette forme, elle autorise
tout physicien digne de ce nom à hurler, mais, pour notre
propos, elle nous conviendra parfaitement. Par contre il est impératif
de définir ce que nous entendons par température.
Il ne s'agit pas des températures de la vie quotidienne,
dont le zéro est défini comme la température
de la glace fondante et le "cent" comme la température de
l'eau à l'ébullition. Il s'agit de températures
absolues mesurant le degré d'agitation des molécules
composant le corps considéré. Dans cette échelle
de température, le zéro des températures ordinaires
correspond à 273 degrés absolus que l'on note 273 K
et que l'on prononce K ou Kelvin.
Si lambda est la longueur d'onde reçue d'un corps émissif
à la température T, correspondant au rayonnement maximum,
alors :
Si lambda est en micromètres et T en kelvins, alors la constante
est égale à 3000
Pour chaque valeur de la température, l'intensité du
rayonnement en fonction de la longueur d'onde est représentable
par une courbe qui a grossièrement la forme d'un chapeau de gendarme.
Elle part de la valeur zéro pour une valeur de la longueur d'onde,
croît jusqu'à une valeur maximum puis décroît,
plus rapidement qu'elle a cru, pour retourner à la valeur zéro
à une autre valeur de la longueur d'onde supérieure à
la précédente. La valeur du maximum augmente si la température
augmente et la position de ce maximum se déplace alors vers les
longueurs d'onde plus courtes.
Dans le domaine visible, donc pour notre oeil, l'impression sur la rétine
sera grossièrement celle de la couleur correspondant au maximum
de la courbe. Si nous observons attentivement le ciel à l'oeil nu
nous constatons que certaines étoiles apparaissent rouges alors
que d'autres semblent être franchement bleues. De ce que nous avons
dit précédemment, nous pouvons conclure que les étoiles
bleues sont plus chaudes que les rouges (puisque le bleu a une plus courte
longueur d'onde que le rouge).
Cette courbe et la loi qu'elle représente, ainsi que la fonction
qui exprime cette loi sont connues sous le nom de "loi de rayonnement du
corps noir". Sous sa forme définitive, elle a été
découverte par le physicien allemand Max Planck (1858-1947) pour
laquelle il obtint, en 1918, le Prix Nobel de physique. Cette loi contient
une constante, désignée par la lettre "h", appelée
constante de Planck, qui est une des cinq ou six constantes les plus importantes
de toute la physique.
Les contraintes que nous impose la loi de Planck.
Revenons à nos observations. Nous disposons d'un télescope
et d'un récepteur qui peut être, par exemple, une caméra
destinée à faire de l'imagerie. Notre programme est l'observation
dans l'infrarouge. Notre télescope est sur terre en un lieu où
la température extérieure est, disons, voisine de zéro.
Sa température absolue est donc de 273K. Et c'est ici que les difficultés
commencent. Car, à cette température, le télescope
rayonne (il brille) de l'énergie dans un domaine de longueurs d'onde
qui est précisément celui dans lequel nous voulons travailler.
Le télescope et également tout ce qu'il y a autour de lui,
la coupole et le ciel (l'atmosphère). Et également le récepteur.
Que faire ? Prenons les problèmes un par un. Le récepteur
est placé dans un cryostat; c'est une enceinte très particulière
qui permet de maintenir à très basse température les
équipements qu'elle contient. En astronomie, on utilise des cryostats
refroidis à l'hélium liquide. On obtient ainsi les plus basses
températures que l'on sache faire de façon relativement simple,
quelques degrés Kelvin seulement. A ces températures, le
rayonnement propre du récepteur n'introduit plus aucune gêne,
mais l'utilisation d'un tel cryostat entraîne une importante complication.
Le télescope ? S'il est possible de placer un récepteur
de quelques millimètres de côté dans un cryostat, il
n'en va pas de même d'un télescope pesant plusieurs dizaines
de tonnes. On lève la difficulté en construisant des télescopes
dont la configuration optique est telle, que la seule chose que "voit"
le récepteur est le ciel. Tout rayonnement dû au télescope
est ainsi éliminé. Remarquons tout de même que, là,
le résultat n'est pas aussi parfait que pour le cas du récepteur.
Il reste dans le champ des éléments impossibles à
masquer comme l'araignée qui maintient en place le miroir secondaire
du télescope. Faute de pouvoir faire autrement, et parce que l'énergie
rayonnée par ces éléments est faible on se contente
de cette solution. C'est un bon exemple des compromis que l'observateur
est obligé de faire pour avancer. Il ne faudra pas oublier, au moment
de l'analyse des résultats, que ce compromis introduit une erreur
à prendre en compte.
Le ciel aussi rayonne de l'énergie que voit le récepteur.
Celle-ci s'ajoute à l'énergie de l'objet observé.
On pourrait donc penser la mesurer une fois pour toute en observant le
ciel à côté de l'objet en dépointant légèrement
le télescope pour que cet objet sorte du champ. Ceci ne nous servirait
à rien car le rayonnement propre du ciel fluctue rapidement et sa
mesure est à faire en permanence. On a résolu ce problème
en faisant vibrer le miroir secondaire de façon qu'il passe de la
configuration "objet dans le champ" à la configuration "objet hors
du champ" quelques dizaines de fois par seconde. On a ainsi, dans une des
positions, le flux du ciel seul et dans l'autre, la somme des flux de l'objet
à observer et du ciel. Une électronique spécialement
prévue à cet effet retranche automatiquement le flux dû
au ciel. On fait alors ce que l'on appelle de la "détection synchrone".
Signalons que depuis le sol, toutes les longueurs d'onde infrarouges
ne sont pas observables. L'atmosphère terrestre est opaque pour
certaines d'entre elles et nous ne disposons que de "fenêtres" d'observation
caractérisées par leur longueur d'onde et désignées
par une lettre.
Fenêtres d'observation IR : transmission de l'atmosphère
terrestre mesurée à l'observatoire de Kitt Peak
Premier exemple de ce que peut nous apprendre l'observation
dans l'infrarouge : la planète Jupiter
Les planètes du système solaire sont des corps d'autant
plus froids qu'ils sont plus loin du Soleil, ce dernier étant la
source de toutes les formes d'énergie qui se manifestent dans le
système solaire. Si les planètes brillent, c'est parce que
leurs sols ou leurs atmosphères réfléchissent, à
la manière d'un miroir, l'énergie qu'elles reçoivent
du Soleil. Le Soleil ayant son maximum d'énergie dans le jaune -
à 0.5 microns, il en va de même des planètes. En plus
de ce rayonnement réfléchi, une planète doit montrer
un rayonnement "de corps noir" conforme à la loi de Planck et dû
à sa température. Or, on a eu l'idée d'observer Jupiter,
la planète la plus massive - et aussi la plus grosse, - dans l'infrarouge.
A la distance à laquelle elle se trouve du Soleil, sa température
n'est que de 130°K. A cette température correspondent les longueurs
d'onde du domaine radio. En infrarouge, Jupiter devait donc être
complètement "noire". Or elle apparut "brillante". La seule explication
possible est que Jupiter possède, en son centre, une quantité
de matière qui, sous l'effet des fortes pressions dûes aux
poids des couches extérieures, est portée à une température
élevée et qui rayonne de l'énergie dans l'infrarouge.
Connaissant la longueur d'onde de ce rayonnement et la masse de la planète,
on a pu, par le calcul, se faire une idée de ce que devait être
le coeur de cette planète. On s'est alors rendu compte que Jupiter
a raté de peu d'être une étoile. Si la masse de Jupiter
avait été plus importante, les pressions au centre de la
planète auraient, alors, été suffisantes pour élever
la température jusqu'au million de degrés nécessaire
pour amorcer les réactions thermonucléaires et transformer
la planète en étoile, c'est-à-dire un corps capable
de rayonner de l'énergie par lui-même. Dans son état
actuel, Jupiter n'est qu'une "proto-étoile".
Deuxième exemple d'observation
infrarouge : Io, satellite galiléen de Jupiter
Les sondes spatiales ont mis en évidence un volcanisme très
actif à la surface du premier satellite de Jupiter, Io. Malheureusement,
l'observation directe depuis la Terre est impossible : ces volcans sont
trop petits (diamètre de quelques kilomètres, inférieur
au pouvoir de résolution des télescopes). Cependant tout
ceci est vrai dans le rayonnement visible en provenance du Soleil que le
satellite Io réfléchit. Mais la chaleur de ces sources volcaniques
en fait des émetteurs. Cette émission est-elle observable
depuis la Terre ? La réponse est oui grâce aux observations
dans l'infrarouge. Pour comprendre comment nous allons effectuer les observations
il faut se rappeler la loi
lambda x T = 3000 micromètres x Kelvin
où lambda est la longueur d'onde émise par le corps et
T la température de ce corps, correspondant au maximum de rayonnement.
Dans le cas du rayonnement solaire réfléchi par Io, le
maximum est à 0,5 micromètre et baisse en allant vers l'infrarouge
et est pratiquement nul vers 3 micromètres. D'autre part, le satellite
lui-même n'est pas complètement froid : sa température
de surface varie de 90K (la nuit) à 125K (le jour) et son rayonnement
thermique est émis à 15 micromètres. Par contre, les
volcans apparaissent comme autant de points chauds à 300K rayonnant
à 10 micromètres comme le montre la figure ci-dessous et
même à partir de 3.6 micromètres qui correspond à
une fenêtre de visibilité de l'infrarouge depuis le sol.
Des observations d'occultation de Io par un
autre satellite galiléen ont confirmé cette possibilité
et montré l'activité et la position des volcans depuis la
Terre.
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