La polarisation de la lumière : définition
La lumière est une onde électromagnétique, et sa
polarisation caractérise l'orientation du champ électrique
(ou magnétique) dans le plan perpendiculaire à la propagation.
Une onde monochromatique, composée d'une vibration unique, est nécessairement
polarisée. On distingue la polarisation linéaire (la direction
du champ électrique est constante dans le temps) et circulaire (le
champ électrique tourne à la fréquence de l'onde);
une polarisation elliptique étant une combinaison simple des deux.
La lumière naturelle, ou non polarisée, est paradoxalement
plus délicate à appréhender : ce n'est pas une solution
simple des équations du champ électromagnétique, et
sa définition fait appel aux notions de mélange cohérent
ou incohérent de plusieurs ondes. En pratique, dans une lumière
non polarisée, la direction du champ électrique varie de
manière complètement aléatoire au cours du temps,
contrairement aux cas précédents de lumière polarisée
linéaire et circulaire.
Une lumière partiellement polarisée se définit
de la manière la plus générale comme une combinaison
d'une lumière naturelle et d'une lumière polarisée
elliptiquement. D'autres définitions équivalentes
existent : on peut montrer qu'on peut également la définir comme la
combinaison (incohérente, c'est a dire non corrélée)
de deux polarisations elliptiques orthogonales.
Pour mesurer la polarisation de la lumière, trois paramètres
sont nécessaires, qui peuvent être le degré de polarisation
circulaire, le degré de polarisation linéaire et la direction
de cette polarisation par rapport à une direction fixe de l'espace.
On utilise plus couramment les paramètres de Stokes, définis
comme le degré de polarisation circulaire et deux taux de polarisation
rectilignes selon deux axes orientes a 45°. Pour définir complètement
la vibration lumineuse, il ne manque que l'intensité totale de la
vibration.
L'intérêt de la polarisation de la lumière est de
fournir un élément physique supplémentaire aux autres
propriétés que sont l'intensité lumineuse et la couleur
(ou longueur d'onde). La polarisation est en effet modulée par les
mécanismes d'émission ou de diffusion de la lumière
: effet du champ magnétique dans les émissions de raies spectrales
(effet Hanle), diffusion Rayleigh (polarisation du ciel bleu), diffusion
par les particules des nuages (halos), etc. La polarisation apporte donc
un élément d'analyse supplémentaire aux analyses a
distance.
La mesure de la polarisation se fait en faisant traverser à la
lumière des prismes "polarisants" qui filtrent ou modifient la polarisation
de manière calculable afin de déterminer complètement
la direction du champ électrique, caractéristique de la polarisation.
Les mesures les plus simples concernent la polarisation linéaire
ou circulaire; il est rare que l'on mesure toutes les caractéristiques
de la polarisation, ce qui nécessite la mesure de trois paramètres
indépendants, en plus de l'intensité lumineuse. C'est cependant
le cas sur le télescope Themis d'étude du soleil aux îles
Canaries, qui permet de cartographier la polarisation de la lumière
solaire de manière extrêmement précise.
La polarisation de la lumière en planétologie
La lumière provenant des sources planétaires peut acquérir
une polarisation sous l'effet de différents phénomènes
:
- la diffusion sur une surface rugueuse (polarisation des surfaces des
corps sans atmosphère)
- la diffusion dans les nuages de poussières (comètes,
poussières interplanétaires, poussières martiennes)
ou de nuages atmosphériques (nuages de Vénus, de la Terre,
de Jupiter)
- la diffusion au sein d'une atmosphère, par le gaz lui même
(diffusion Rayleigh, responsable aussi de la couleur bleue du ciel sans
nuage)
D'autres mécanismes sont également possibles dans les
émissions lumineuses de transitions électroniques, comme
on en observe dans les aurores polaires des planètes, mais ont encore
été peu étudiés.
L'information portée par la polarisation s'ajoute à celle
donnée par la variation d'intensité lumineuse avec la longueur
d'onde ou les conditions d'éclairement, et peuvent s'interpréter
dans les modèles planétaires ou cométaires. Dans le
cas de la diffusion par des particules (poussières ou gouttelettes
nuageuses), l'information portée par la polarisation sera liée
à la taille ou la forme des particules.
Le cas le plus simple est celui de nuages de gouttelettes, dont la forme
est proche de la sphère. Les calculs de transfert de rayonnement
sont dans ce cas possible avec un degré d'exactitude bien supérieur
au cas fort complexe de la diffusion par des particules non sphériques,
qui dépasse encore les capacités de modélisation des
ordinateurs. Le cas le plus frappant d'une interprétation rigoureuse
de la polarisation est celui de la planète Vénus, où
l'épaisse couche de nuages de gouttelettes d'acide sulfurique donne
lieu à des effets de polarisation calculables avec précision,
et donnant une information sur la distribution en taille des particules
de nuages. Les calculs de transfert radiatif pour la diffusion par des
particules non sphériques est un enjeu majeur pour une atmosphère
comme celle de Titan, où les aérosols sont une source importante
d'opacité.
De même, la lumière de la Lune est partiellement polarisée
et de l'étude de cette polarisation on a pu déduire certaines
propriétés structurales du matériau superficiel qui
diffuse la lumière solaire. En particulier la courbe de variation
de la proportion de lumière polarisée en fonction de l'angle
de phase, est très caractéristique : nulle d'abord, puis
maximale dans une direction perpendiculaire au plan Terre-Lune-Soleil,
la polarisation s'annule à nouveau pour un certain angle de phase,
et croît ensuite, dirigée alors dans le plan Terre-Lune-Soleil.
Bernard Lyot, astronome à l'observatoire de Paris, fut le premier
à rechercher si, parmi les matériaux dont la présence
sur la lune était vraisemblable, il s'en trouvait dont les propriétés
optiques ressemblaient à celles de la surface lunaire et à
montrer, par les courbes de polarisation, qu'il devait s'agir d'une substance
très pulvérulente, ce qui a été confirmé
par l'exploration directe.
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