| Le pouvoir de résolution
Qu'est-ce que le pouvoir de résolution ? Prenons
un exemple. Si vous regardez la Lune à l'oeil nu, vous
ne distinguez que quelques détails, ceux qui correspondent,
sur la Lune, aux structures les plus importantes. Avec une paire
de jumelles, vous avez accès à des détails
que vous ne voyez pas à l'oeil nu. Et avec un petit télescope
encore d'avantage. On dit que la paire de jumelles et le télescope
ont des pouvoirs de résolution de plus en plus élevés.
"Résoudre" deux détails c'est pouvoir les distinguer comme
deux éléments bien séparés.
Le pouvoir de résolution est une notion qui n'intervient pas
seulement en imagerie, mais dans tous les domaines de l'observation. Un
spectrographe, dont la fonction est de séparer les différentes
longueurs d'onde d'un rayonnement, aura un pouvoir de résolution
d'autant plus élevé, qu'il pourra séparer deux longueurs
d'onde plus proches l'une de l'autre.
Pour accéder à des objets très faibles, il était
nécessaire d'avoir des collecteurs équipés de très
grands miroirs. Les très grands miroirs ont un autre avantage, ils
donnent des pouvoirs de résolution supérieurs. Examinons
un peu ceci en détail.
Parce que la lumière est une onde, la théorie nous indique
- et l'observation le confirme - que l'image d'un point, une étoile,
n'est jamais un point mais une petite tache circulaire dont le centre se
trouve à l'emplacement géométrique de l'image du point.
Et le diamètre de cette tache dépend de la taille du miroir.
Plus celui-ci est grand et plus la tache est petite. Avec un grand miroir,
on peut donc distinguer des détails plus fins qu'avec un petit.
C'est une chose suffisamment rare en physique pour être signalée,
que la variation d'un paramètre (le diamètre du miroir) entraîne
la variation dans le sens de l'amélioration de deux grandeurs observables
(le flux limite observable et le pouvoir de résolution). On consultera
la
page dédiée aux télescopes pour approfondir cette
notion de résolution.
La turbulence atmosphérique.
Nous devrions donc être pleinement heureux. Il n'en est rien,
car il s'agit de performances théoriques. S'il est vrai que le flux
observable augmente indéfiniment avec le diamètre du miroir,
le pouvoir de résolution, lui, atteint rapidement un plafond dû
à une autre cause de limitation. Entre l'étoile et le télescope
au sol, se trouve une couche gazeuse d'une dizaine de kilomètres
d'épaisseur qui constitue l'atmosphère terrestre. Cette atmosphère
est le siège de mouvements turbulents complexes qui ont pour effet
de déformer les ondes lumineuses qui arrivent sur le télescope,
ce qui entraîne une agitation permanente de l'image au foyer du télescope,
agitation qui se traduit par un élargissement de la tache théorique
de l'image de chaque point. Le seul moyen de s'en affranchir est de se
placer en dehors de l'atmosphère. C'est ce qu'ont fait les chercheurs
aux Etats-Unis avec le télescope spatial. Nous reviendrons sur cette
question un peu plus loin.
Le front
d'onde
hors de
l'atmosphère
est régulier |
L'atmosphère
turbulente
déforme le
front d'onde |
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Les images
sont agitées
du fait de la
turbulence de
l'atmosphère
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Crédit : F. Lacombe/observatoire de Paris
Sur Terre, nous devons donc composer avec la turbulence atmosphérique.
Pendant longtemps, les astronomes n'ont pu que subir, choisissant de ne
retenir que les observations faites quand cette turbulence était
la plus faible. Ensuite, on s'est aperçu que tous les sites géographiques
n'étaient pas égaux face à la turbulence. En particulier,
les sites en altitude et surtout sur des sommets isolés, en éliminant
les couches les plus basses de l'atmosphère, donc les plus turbulentes
car les plus voisines du sol qui dégage la chaleur emmagasinée
pendant la journée, offraient de bien meilleures conditions d'observation.
C'est à partir de cette constatation que Jules Janssen eut l'idée
d'installer dans les Pyrénées, au Pic du Midi de Bigorre,
un observatoire astronomique qui reste encore aujourd'hui, un excellent
site d'observation.
Pour combattre efficacement la turbulence
atmosphérique il fallait d'abord bien la connaître. Les astronomes
s'y sont employés pendant de très nombreuses années
et ont fini, à force d'efforts, par en avoir une représentation
assez précise. Très schématiquement, on considère,
qu'au voisinage du sol, sur une épaisseur de quelques dizaines de
mètres, l'atmosphère est constituée de globules de
gaz d'environ 25 à 30 centimètres de diamètre relativement
homogènes et dont la durée de vie est de l'ordre de quelques
dixièmes de seconde. Cette dimension des globules est d'ailleurs
bien mise en évidence par les télescopes d'amateur dont les
miroirs ont sensiblement cette taille et qui sont beaucoup moins sensibles
à la turbulence que les collecteurs de taille supérieure.
Quant à la durée de vie, on peut en avoir une idée
en faisant, sur une étoile brillante, des poses très courtes
qui "figent" l'image au foyer du télescope.
L'optique adaptative.
La réponse à la turbulence atmosphérique et les
moyens mis en oeuvre pour s'en affranchir sont connus sous le nom d'optique
adaptative. Cette technique toute récente a été
développée dans plusieurs observatoires dont l'observatoire
de Paris qui a mis au point, pour le compte de l'E.S.O., un tel système
fonctionnant actuellement de façon régulière sur le
télescope de 3,60 m de la station d'observation de La Silla au Chili.
Les résultats obtenus ont tout de suite été à
la hauteur des espoirs que l'on avait placés dans ce système.
Dans les meilleurs cas, le gain en pouvoir de résolution peut atteindre
un facteur 20. Indiquons enfin que l'observatoire de Paris est impliqué
dans l'étude et la réalisation du système devant équiper
le VLT actuellement en phase finale de sa construction, au Chili.
En quoi consiste l'optique adaptative ? Le principe est très
simple, la réalisation infiniment complexe. La lumière arrivant
sur le télescope est altérée par la turbulence atmosphérique
: sa surface d'onde n'est plus plane mais irrégulière (Turbulent
wavefront). On l'envoie (light from the telescope) sur un miroir déformable
(deformable mirror) auquel on applique des déformations inverses
de celles de la surface d'onde de façon qu'après réflexion
sur ce miroir, elle retrouve sa planéité. Tout le problème
revient donc à savoir quelles déformations il faut appliquer
au miroir. Puisque les déformations doivent être inverses
de celles de la surface d'onde, on les obtiendra en analysant la surface
d'onde. On prélève donc une petite partie de la lumière
à l'aide d'une lame semi réfléchissante (dichroic
plate) et on l'envoie sur un dispositif qui analyse la surface (d'onde)
en 32 points différents (wavefront sensor). Ce dernier dispositif
adresse alors à un ordinateur (control system) la carte des déformations
et celui-ci calcule la valeur des signaux électriques à envoyer
à 32 points homologues du miroir pour le déformer.
Imaginons qu'à un instant donné, le système corrige
parfaitement la surface d'onde. Arrive une petite déformation. Le
dispositif d'analyse la voit immédiatement puisqu'elle n'a pas été
corrigée. Il envoie donc un signal de correction au calculateur
qui calcule les signaux nécessaires à la correction.
Pour que le système marche, il faut donc que le cycle "détection
d'un défaut ö analyse ö calcul et correction" soit beaucoup
plus court que le temps moyen d'évolution de la turbulence. Ceci
n'est possible qu'avec des calculateurs ultra rapides. De tels calculateurs
ne sont pas programmés mais construits spécialement pour
une tâche bien définie.
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Le front d'onde incident
est turbulent
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Un miroir
déformant
corrige le
front d'onde
de façon que
la rurbulence
soit corrigée.
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Crédit : F. Lacombe/observatoire de Paris
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Le faisceau
qui arrive
sur le récepteur
est corrigé
de la turbulence
et le pouvoir
de résolution du télescope est augmenté |
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Même avec de tels calculateurs, il ne faut pas que la turbulence
devienne trop grande. Sinon le système "décroche" et l'observation
est perdue. On voit donc que même équipé d'un système
d'optique adaptative, on a tout intérêt à installer
un télescope dans un bon site.
Un tel programme n'a été réalisable que grâce
à un concours de circonstances tout à fait remarquable.
- les ordinateurs ont acquis des puissances de calcul suffisantes :
en effet tout le calcul doit être effectué au moins vingt
fois par seconde. Or les 32 points d'analyse de la surface d'onde et donc
les 32 points d'épreuve sur le miroir ne sont pas indépendants
les uns des autres. Il faut faire intervenir l'interaction qu'ils ont les
uns par rapport aux autres, ce qui augmente énormément le
nombre d'éléments à calculer. Dans la pratique, c'est
32 x 32 = 1024 calculs qu'il faut effectuer en 1/20ème de seconde
soit 20480 calculs par seconde. Et chaque calcul porte sur 6 grandeurs
différentes. C'est donc au total plus de 120 000 calculs par seconde
qu'il faut effectuer.
- les techniques d'asservissement sont arrivées à un
niveau de fiabilité et d'efficacité suffisant pour permettre
de telles réalisations sans être à la limite des possibilités.
- enfin et surtout, les astronomes avaient réussi à se
faire une idée précise de ce qu'est la turbulence atmosphérique.

La figure ci-dessus illustre de façon saisissante l'avantage
que procure ce système. Il s'agit de l'observation du centre galactique
dans le proche infrarouge à 2,2 micromètres. A gauche,
l'image que l'on obtient sans optique adaptative dans un très bon
site (au Mauna Kea à Hawaï). A droite, la même image
obtenue avec le système d'optique adaptative du CFHT réalisé
en collaboration entre le CFHT, l'observatoire de Paris-Meudon et le Dominion
Astronomical Observatory . On peut réellement dire que sans optique
adaptative nous sommes quasiment aveugles. A gauche, le pouvoir de résolution
est celui imposé par la turbulence atmosphérique. A gauche,
il est de l'ordre de 0,12 seconde de degré et on peut distinguer
les anneaux de diffraction, ce qui montre que la résolution ultime
du télescope est atteinte. Le champ est de 13 x 13 secondes de degré.
Nous vous proposons d'autres images obtenues grâce à l'optique
adaptative :
- les satellites galiléens
de Jupiter ont aussi fait l'objet d'observations en optique adaptative
qui ont permis de résoudre le diamètre apparent des satellites;
- l'astéroïde Kleopatra dont
la forme a été révélée grâce à
l'optique adaptative;
- le satellite de l'astéroïde
Eugénia, premier satellite d'astéroïde observé
directement depuis le sol;
- le satellite de l'astéroïde
Pulcova;
- les petits satellites de Saturne
proches des anneaux;
- Uranus, ses anneaux; et ses petits satellites
proches.
Pour en savoir plus : des liens sur des serveurs Internet consacrés
à l'optique adaptative :
Crédit : L. Vapillon, J.E. Arlot/observatoire de Paris
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