La "lune rousse" ne correspond pas à un concept astronomique; c'est plutôt une expression populaire fondée par l'observation dans
un contexte culturel agricole souvent empreint de croyances mystico-poétiques.
On l'appelle aussi "Lune d'avril", parce que sa lunaison commence le plus souvent en avril.
C'est la lunaison qui suit la fête de Pâques. Elle commence le jour de la Nouvelle Lune qui
suit la date de Pâques.
Cela nous amène à considérer la détermination de la date de Pâques.
Le concile de Nicée réuni en 325 par l'empereur Constantin fixe l'équinoxe de printemps au 21 mars et définit la date de
Pâques en liaison avec l'équinoxe comme " le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui atteint cet âge
au 21 mars ou immédiatement après ".
En vertu de cette règle la date de Pâques peut se déplacer entre le 22 mars (comme en 1598) et le 27 avril (comme en 2236).
La "Lune Rousse" peut donc commencer entre le 5 avril et le 6 mai...
On appelle aussi "lune rousse" ou encore "lune rouge" le phénomène qui se produit pendant la phase totale des éclipses de Lune.
La Lune alors est totalement dans l'ombre et pourtant on peut encore l'apercevoir, d'une couleur rouge ou orangée.
Ce phénomène est dû aux quelques rayons de lumière en provenance du Soleil qui frôlent la Terre , sont rougis et déviés par
l'atmosphère terrestre et vont éclairer la Lune de cette couleur rouge brique caractéristique.
Laissons parler François Arago...
" Il est bien loin de ma pensée d'attribuer le moindre mérite aux réflexions que la Lune rousse m'a inspirées; mais comme
je vois les lignes suivantes reproduites en substance dans des ouvrages récents et sans indication de la source où les
auteurs ont puisé, pour éviter tout soupçon de plagiat, je ferai remarquer qu'elles ont paru dans l'Annuaire du Bureau
des Longitudes de 1827, en sorte qu'en cas de contestation, je pourrais presque invoquer la prescription légale. "
" Les jardiniers donnent le nom de Lune rousse à la Lune qui, commençant en avril, devient pleine soit à la fin de ce mois,
soit plus ordinairement dans le courant de mai. Suivant eux, la lumière de la Lune, dans les mois d'avril et de mai, exerce une fâcheuse
action sur les jeunes pousses des plantes. Ils assurent avoir observé que la nuit, quand le ciel est serein, les feuilles, les bourgeons
exposés à la lumière roussissent, c'est à dire se gêlent, quoique le thermomètre, dans l'atmosphère, se maintienne à plusieurs
degrés au-dessus de zéro. Ils ajoutent encore que si un ciel couvert arrête les rayons de l'astre, les empêche d'arriver jusqu'aux plantes, les
mêmes effets n'ont plus lieu sous des circonstances de température d'ailleurs parfaitement pareilles.
Ces phénomènes semblent indiquer que la lumière de notre satellite est douée d'une certaine vertu frigorifique; cependant, en dirigeant les plus larges lentilles,
les plus grands réflecteurs vers la Lune, et plaçant
ensuite à leur foyer des thermomètres très-délicats, on n'a jamais rien aperçu qui puisse justifier une aussi singulière conclusion.
Aussi, dans l'esprit des physiciens, la Lune rousse se trouve maintenant reléguée parmi les préjugés populaires, tandis que les agriculteurs restent encore
convaincus de l'exactitude de leurs observations. "
" Une belle découverte faite par Wells, il y a quelques années, me permettra, je crois, de concilier ces deux opinions, en apparence si contradictoires.
"...
" Ce fait important est aujourd'hui constaté. Si l'on place en plein air de petites masses de coton, d'édredon, etc.,
on trouve souvent que leur température est de 6, de 7 et même de 8 degrés centigrades au-dessous de la température de l'atmosphère ambiante. Les végétaux sont dans le même cas.
Il ne faut donc pas juger du froid qu'une plante a éprouvé la nuit, par les seules indications d'un thermomètre suspendu dans l'atmosphère.
La plante peut être fortement gelée, quoique l'air se soit constamment maintenu à plusieurs degrés au-dessus de zéro.
" ...
" Dans les nuits des mois d'avril et mai, la température de l'atmosphère
n'est souvent que de 4, de 5 ou de 6 degrés centigrades au-dessus de zéro.
Quand cela arrive, la température des plantes exposées à la lumière de la Lune,
c'est à dire à un ciel serein, peuvent geler nonobstant l'indication du thermomètre.
Si la Lune, au contraire, ne brille pas, si le ciel est couvert, la température
des plantes ne descend pas au-dessous de celle de l'atmosphère, il n'y aura pas
de gelée, à moins que le thermomètre n'ait marqué zéro. Il est donc vrai, comme
les jardiniers le prétendent, qu'avec des circonstances thermométriques toutes
pareilles, une plante pourra être gelée ou ne l'être pas, suivant que la Lune
sera visible ou cachée par les nuages ; s'ils se trompent, c'est seulement dans
les conclusions : c'est en attribuant l'effet à la lumière de l'astre. La lumière
lunaire n'est ici que l'indice d'une atmosphère sereine ; c'est par suite de la
pureté du ciel que la congélation nocturne des plantes s'opère ; la Lune n'y
contribue aucunement ; qu'elle soit couchée ou sur l'horizon, le phénomène a également
lieu. L'observation des jardiniers était incomplète, c'est à tort qu'on la supposait
fausse".
François ARAGO
Astronomie Populaire - LIVRE XXI - CHAPITRE XXXII
Gide et J. Baudry, Éditeurs - Paris 1856
Ainsi le mystère est éclairci!
Il résidait essentiellement dans les propriétés physiques des objets et leur capacité à
rayonner dans l'infrarouge. Il se réduit à un phénomène d'échange thermique. Si les
bourgeons gèlent et roussissent c'est parce qu'ils rayonnent et émettent plus d'énergie qu'ils
n'en absorbent et qu'ainsi leur température peut s'abaisser en dessous de celle de l'air ambiant.
Le même phénomène se produira indépendamment de l'âge de la Lune et que celle-ci soit visible ou pas.
Bien sûr il n'aura lieu que sous nos latitudes et seulement au début du printemps alors que l'insolation du sol est faible
et que la végétation venant à peine de démarrer les plantules sont encore particulièrement tendres et fragiles.